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Yandy Graffer

Yandy graffer : entre racines péruviennes, rigueur académique et dimensions métaphysiques

Le parcours de Yandy, artiste visuel originaire de Lima, au Pérou, est une exploration constante des frontières entre l’expression urbaine spontanée et la rigueur des structures académiques. Son œuvre, qui puise ses premières inspirations dans l’univers du graffiti des années 2000, a évolué pour devenir un écosystème complexe où se mêlent identité culturelle, expérimentations techniques sur la couleur et réflexions spirituelles profondes.

yandy-atelier
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Fondations de l’identité de Yandy : de la rue aux beaux-arts

L’éveil par le graffiti et le design graphique

Yandy commence son voyage artistique en 2006 dans les rues de Lima, s’immergeant dans l’univers du graffiti et du lettrage. À cette époque, le choix de l’art est une interrogation face à l’avenir : comment transformer cette passion pour le dessin en un mode de vie ?

Initialement, il s’oriente vers le graphisme pour s’assurer un avenir professionnel stable, maîtrisant des logiciels comme Photoshop et Illustrator bien qu’il ressente rapidement la crainte de passer sa vie enfermé dans un bureau à travailler exclusivement pour des entreprises. C’est cette tension entre la nécessité d’un métier et l’appel de la création pure qui le pousse finalement vers les Beaux-Arts.

La quête de structure et le choix de la gravure

En 2012, après six ans de pratique autodidacte dans la rue, Yandy réalise son rêve d’entrer à l’école des Beaux-Arts de Lima. Il y cherche alors ce qui lui manque : les règles, la structuration et l’académie. Contrairement à beaucoup de ses pairs attirés par la peinture traditionnelle au chevalet, il choisit la gravure comme spécialité. Ce choix est motivé par le caractère intensément expérimental de la technique, englobant la sérigraphie, l’eau-forte et l’estampe japonaise. La gravure lui apporte une compréhension profonde de la ligne, du contour et de la texture, des éléments qui deviendront la “pâte” personnelle de son style.

La dualité des enseignements : deux écoles complémentaires

L’artiste Yandy se considère comme le produit de deux mondes : « l’école de la rue » et « l’école des Beaux-Arts ». Alors que la rue lui offre la liberté des festivals et de la peinture collective le week-end, les Beaux-Arts lui apportent l’histoire de l’art, une discipline dont il ignorait tout à ses débuts à 17 ans. Il se souvient avec amusement de son décalage initial : alors que d’autres étudiants admiraient Léonard de Vinci ou Michel-Ange, ses propres maîtres étaient les graffeurs du Bronx et de New York. C’est la fusion de ces deux héritages qui forge sa vision d’un art contemporain ouvert et décloisonné.

yandy-encours
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Un panthéon d’influences : des maîtres espagnols à la culture pop

L’impact de Goya et de la ligne marquée

L’un des chocs esthétiques majeurs de sa formation a été la découverte des impressions sur plaques de métal de Goya. Yandy est fasciné par la création de personnages hybrides et l’imaginaire sombre mais structuré de l’artiste espagnol. Cette influence se traduit directement dans son travail par une attention particulière portée au contour et à la texture héritée de la xylogravure, créant des personnages qui semblent gravés autant que peints.

L’esthétique asiatique et l’héritage du manga

Parallèlement à ses études classiques, Yandy est imprégné par la culture visuelle de sa génération. Il cite les créateurs de mangas comme Miyazaki (Studio Ghibli) et Toriyama (Dragon Ball) comme des sources d’inspiration fondamentales. Ayant grandi en copiant des dessins de Digimon à la télévision, il a conservé cet intérêt pour le design de personnages iconiques. Cependant, son admiration va au-delà de la pop culture ; il étudie les estampes japonaises de l’époque d’Edo (Ukiyo-e) pour leur maîtrise de la composition, l’utilisation de la couleur en aplats et l’équilibre délicat entre le personnage et le paysage.

Les racines péruviennes de Yandy et le personnage du pêcheur

L’identité de Yandy est indissociable de sa terre natale. Il s’inspire de Pancho Fierro, un aquarelliste liménien qui portraiture les types sociaux de la période coloniale sur des fonds blancs épurés. Cette approche consistant à isoler un personnage pour en faire une icône de son contexte a marqué l’artiste. Issu d’une famille de pêcheurs, Yandy a choisi d’adopter l’identité du pêcheur artisanal comme son « alter ego » artistique, créant un lien direct avec son grand-père et ses souvenirs d’enfance à Lima.

L’influence de la musique et du mouvement urbain

La culture urbaine globale a également joué un rôle déterminant. Le rap, le BMX et même le reggaeton font partie de son contexte de création. Il explique que le reggaeton était omniprésent dans son quotidien à Lima et qu’il a fini par l’intégrer comme une influence naturelle. Il puise également dans l’imagerie des rappeurs, comme les lignes tracées dans les coiffures ou le style “bling-bling”, qu’il réinterprète dans les traits de ses personnages. Il cite notamment l’influence visuelle de groupes comme Orishas ou des artistes comme Sean Paul.

La “chimie” de la couleur chez Yandy Graffer

La couleur comme terrain d’expérimentation

Pour Yandy, la couleur est bien plus qu’un simple remplissage ; c’est une science qu’il a approfondie grâce à la théorie du cercle chromatique apprise aux Beaux-Arts. Il compare son travail sur la couleur à celui d’un cuisinier qui prépare ses propres épices pour obtenir un goût unique. Il ne se contente pas des teintes prêtes à l’emploi ; il cherche à “casser” les couleurs trop plastiques en mélangeant, par exemple, des tons fluorescents avec des couleurs métalliques pour créer des nuances inédites comme un “argenté fluo”.

Médiums et passage à la 3D

Bien que la toile soit son support privilégié pour sa praticité lors des expositions internationales, Yandy reste viscéralement attaché à la bombe (spray), qu’il considère comme sa base indéboulonnable. Il utilise également la peinture acrylique. Son exploration du volume ne passe pas par le modelage traditionnel de l’argile, qui ne l’a pas séduit, mais par l’assemblage d’objets récupérés qu’il transforme pour donner vie à ses personnages dans l’espace physique.

yandy-volume
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L’évolution artistique : de l’identité à la métaphysique

La première phase : Identité et nostalgie (2013)

En 2013, Yandy prend la décision d’arrêter le lettrage pour se concentrer sur son personnage. Cette période est marquée par des œuvres très colorées utilisant des thèmes comme la mer et les bateaux pour évoquer son enfance sur la côte péruvienne. C’est une phase de construction identitaire où il cherche à parler aux plus jeunes à travers des souvenirs partagés.

L’étape “Genesis” et la célébration de la vie

Son arrivée en France et l’attente de la naissance de sa fille marquent un tournant radical, donnant naissance à l’univers “Genesis”. Cet univers célèbre l’évolution de la vie à travers une dimension parallèle où les éléments (air, terre, feu, eau) fusionnent. Son personnage de pêcheur subit alors une métamorphose : il est placé à l’intérieur d’un fruit, puis renaît dans une dimension où il peut se fragmenter et créer de nouvelles formes à partir de son propre corps.

La dimension métaphysique (2021-2024)

À partir de 2021, Yandy opère un changement technique majeur : il abandonne l’utilisation systématique de la ligne (le contour) pour se concentrer sur le volume par la couleur seule. Il développe alors un univers structuré autour de cinq niveaux métaphysiques représentant l’évolution de l’âme et de sa lumière intérieure. Chaque personnage contient désormais cinq éléments différents que le spectateur peut découvrir s’il approfondit sa lecture. Son objectif pour 2025 est de lancer un univers qui synthétise toutes ces étapes précédentes.

yandy-métaphysique
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Résonance professionnelle et horizons futurs

L’importance de la communauté et les succès en galerie

Yandy insiste sur le fait que son parcours est porté par une communauté. L’importance des amis rencontrés via le graffiti ou le BMX a été un moteur essentiel pour continuer à peindre. L’une de ses plus grandes fiertés est son exposition à la Montana Gallery à Barcelone. C’est un moment symbolique car il a commencé à peindre avec les bombes de bricolage de l’atelier de vélos de son père, bien avant que la marque Montana ne soit accessible au Pérou. Rencontrer Jordi, le créateur de la marque, a été pour lui une véritable consécration.

Vers l’art contemporain et l’Asie

Aujourd’hui, Yandy souhaite s’insérer davantage dans le circuit de l’art contemporain classique. Il travaille sur un projet nommé Arbelina, avec une stratégie orientée vers l’Asie (Chine), qu’il considère comme un terrain d’investissement stimulant. Ses ambitions futures incluent également la création d’installations à grande échelle intégrant des jeux de lumière et des projections vidéo, dépassant ainsi le cadre de la peinture traditionnelle.

L’Art comme miroir de l’âme et pont entre les mondes

La pratique artistique de Yandy ne se limite pas à la création d’images séduisantes ; elle constitue une véritable  et une manière d’appréhender le monde. Sa réussite, symbolisée par son exposition à la Montana Gallery de Barcelone, témoigne de sa capacité à transformer des outils de bricolage en instruments d’art contemporain de haut niveau.

Une dualité entre esthétique et profondeur

Le travail de Yandy repose sur une dualité fascinante. D’un côté, il utilise un langage visuel esthétique, “mignon” et “Kawaii”, volontairement accessible et commercial, pour attirer le regard. De l’autre, il dissimule derrière cette façade une thématique métaphysique profonde destinée à ceux qui prennent le temps de lire ses textes et d’étudier son parcours. Pour l’enfant, ses personnages sont des compagnons de jeu rigolos ; pour l’observateur averti, ils sont les représentations de cinq niveaux d’évolution spirituelle, illustrant la progression de la lumière intérieure de l’âme.

L’expansion vers de nouveaux horizons

Aujourd’hui, l’artiste se tourne vers l’avenir avec le projet Arbelina, visant des marchés qu’il juge stimulants et encore “inaccessibles”, notamment en Asie (Chine). Cette ambition s’accompagne d’un désir de diversifier ses supports. Si la toile reste son ancrage pour sa mobilité internationale, il aspire désormais à créer des installations immersives intégrant des projections vidéo et des jeux de lumière,,. Ce passage de la peinture statique à l’installation dynamique reflète sa propre métamorphose : celle d’un graffeur de Lima devenu un artiste visuel global.

Le rôle central de la communauté

Enfin, Yandy souligne que son odyssée est indissociable de la communauté. Sa force réside dans les connexions humaines, des amis qui lui ont donné l’impulsion de peindre aux rencontres fortuites dans les ateliers de mécanique de son père,,. En fusionnant ses racines de pêcheur artisanal péruvien avec les codes de l’art contemporain le plus pointu, il continue de construire un pont entre le visible et l’invisible, entre le passé familial et un futur technologique et spirituel. Son œuvre est une invitation à ne pas se contenter de la surface colorée, mais à chercher, comme lui, la “chimie” qui transforme la matière en lumière.

Yandy Graffer sur le web :

Peinture fraîche festival à Lyon du 3 au 12 mai 2019

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