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Atelier Waladou

Atelier Waladou : histoires gravées entre artisanat, poésie et questionnement urbain

À première vue, les œuvres d’Atelier Waladou séduisent par leur finesse graphique. Mais derrière chaque linogravure se cache avant tout un récit, une ambiance, une invitation à l’imaginaire. Installé à Lyon depuis 2015, Sébastien, né en 1976 dans le nord de l’Isère, développe depuis plus de quinze ans un univers singulier où la gravure artisanale rencontre la narration et, parfois, les murs de la ville.

Autodidacte revendiqué, il ne cherche jamais à masquer son parcours atypique.

« Je n’ai aucune formation artistique… et ça se voit ! », lance-t-il avec humour. Une façon de rappeler que son travail s’est construit loin des écoles d’art, à force d’expérimentations, de patience et d’une curiosité sans cesse renouvelée.

La linogravure comme évidence

C’est en 2010 que Sébastien découvre presque par hasard la linogravure, alors que cette pratique reste encore relativement confidentielle en France. Le coup de foudre est immédiat.

atelier-waladou-reinach
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« J’ai tout de suite adoré cette technique. Elle apporte une dimension artisanale qui, à mes yeux, sublime les dessins que je suis capable de produire. »

Cette dimension manuelle est aujourd’hui encore au cœur de sa démarche. Plus qu’une simple technique d’impression, la linogravure devient un langage. Chaque plaque gravée, chaque encrage, chaque tirage participe à la construction d’un univers où l’imperfection devient une qualité et où le geste de l’artisan nourrit celui de l’artiste.

Commercial dans la vie professionnelle, Sébastien mène en parallèle cette pratique artistique avec une sincérité qui ne cherche ni les effets de mode ni la reconnaissance à tout prix.

De l’atelier (Waladou) à la rue

Comme beaucoup de créateurs, la période qui suit la pandémie agit comme un déclencheur. L’envie de partager son travail devient plus forte.

La rue apparaît alors comme le prolongement naturel de son atelier.

« Avant même les réseaux sociaux, la rue était l’endroit le plus évident et le plus accessible pour montrer concrètement ce que je faisais. »

Ses interventions ne cherchent pas à imposer un message militant. Elles invitent plutôt les passants à interrompre quelques instants leur quotidien pour entrer dans une histoire.

Raconter plutôt que démontrer

L’œuvre d’Atelier Waladou se distingue par son goût pour la narration. Plutôt que de délivrer un discours, Sébastien préfère créer des atmosphères.

« J’ai principalement envie de raconter ou d’inspirer des histoires. Créer une petite ambiance. Que chacun puisse inventer son propre récit à partir de ce que j’installe. »

Son univers a longtemps exploré les divinités de la mythologie gauloise, un territoire encore largement méconnu qui laisse une grande liberté d’interprétation. Il revisite également les personnages des contes populaires et imagine toute une galerie de créatures hybrides, mi-humaines, mi-insectes.

À chacune de ces figures, il offre une identité complète : une silhouette, un nom, parfois même une biographie fictive. Une manière de prolonger l’œuvre bien au-delà de l’image.

Un style en perpétuelle construction

Sébastien refuse pourtant de parler de style.

« Je n’estime pas avoir un style. Mes linogravures sont souvent des bricolages. J’utilise toutes sortes de trucs et astuces pour réussir à raconter ce que j’ai en tête. »

Cette modestie masque une véritable recherche plastique. Faute, selon lui, de savoir « bien dessiner », il a progressivement développé ses propres méthodes pour donner corps à ses idées. Une approche qui fait de chaque gravure un équilibre entre contraintes techniques, invention graphique et narration.

Les influences d’une curiosité sans frontières

À l’origine de sa passion se trouve la graveuse alsacienne Marie Meier, dont il admire profondément le travail.

« J’avais envie d’acheter tout ce qu’elle faisait. J’ai d’ailleurs plusieurs de ses œuvres chez moi. »

Instagram lui a ensuite permis de découvrir de nombreux artistes et d’élargir continuellement ses références.

Une présence remarquée dans les expositions

Si la rue constitue un terrain d’expression privilégié, le travail de Sébastien a également trouvé sa place dans plusieurs expositions collectives, notamment à Vienne et à Crémieu. Ses gravures ont également été présentées en galerie, notamment au Puy-en-Velay, confirmant leur capacité à dialoguer aussi bien avec l’espace urbain qu’avec les lieux d’exposition traditionnels.

Réflexion sur la légitimité du street art

Aujourd’hui, l’artiste reconnaît traverser une période de questionnement. Plus discret sur les réseaux sociaux comme dans la rue, il interroge sa propre pratique.

« Je me demande où se situe la frontière entre l’envie d’égayer les rues et le vandalisme. Je ne suis plus certain d’être légitime à imposer mes créations dans l’espace public. C’est une vraie question, à laquelle je n’ai toujours pas trouvé de réponse. »

Cette réflexion n’a pourtant rien d’un renoncement. Elle traduit au contraire une démarche lucide, attentive à la place de l’art dans la ville et au regard de ceux qui la partagent.

Pour Sébastien, les réactions les plus précieuses restent celles des passants qui, au détour d’une rue, s’arrêtent quelques instants devant une gravure.

« Si quelqu’un, sur le chemin de son travail, de son école ou de sa boulangerie, s’arrête quelques secondes pour imaginer une histoire à partir d’une de mes créations, alors il a parfaitement compris ce que je cherche à proposer. »

Quant à ceux qui considèrent ces interventions comme une dégradation de l’espace public, il refuse de les opposer à sa démarche.

« Leur point de vue est totalement légitime. Ce sont les mêmes questions que je me pose aujourd’hui. »

Cette capacité à douter, à interroger sa propre pratique tout en continuant à créer, donne sans doute à l’univers d’Atelier Waladou une profondeur particulière. Entre artisanat, poésie graphique et réflexion sur la place de l’art dans la cité, Sébastien poursuit un travail discret mais profondément humain, où chaque image invite avant tout à raconter une histoire.

Instagram : @atelierwaladou

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