A propos de l’œuvre de Maxime Ivanez, exposition Zoo, Lyon 2018.

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    Réveillée par la rumeur confuse du dehors, j’ouvris les yeux avec lassitude. Le bruit. La fin du sommeil réparateur. Le début prématuré d’une journée. La menace d’un éventuel retard au travail me tira toutefois du lit, à tâtons. Je me dirigeais donc vers la cafetière, les yeux encore à moitié fermés, lorsque j’entendis alors nettement le fracas du choc de plusieurs véhicules, des portières claquer, des cris. Mon sang se figea. Avec une sorte de fébrilité gauche, je parvins enfin à ouvrir la fenêtre de mon appartement sous les toits, pour découvrir, en bas, au milieu de la rue étroitement bordée d’immeubles, un spectacle singulier.

    Comme dans les pires films catastrophe, des voitures étaient entassées de façon anarchique, certaines broyées, d’autres juste enfoncées d’un côté, selon l’impact subi. Une épaisse fumée verte montait, à l’odeur âcre. J’en aperçus une autre, d’un rose chimique, inquiétant. Mon regard errait sur ce champ de bataille, essayant de distinguer un début d’explication lorsque je le vis. Une sorte de gorille, immense, monstrueux, qui réduisait une auto en pièces détachées, avec fureur. Sous mes yeux, en quelques secondes, le véhicule se rapetissa systématiquement, s’atrophia, ses morceaux jetés aux quatre coins de la rue par cette bête féroce. Puis, comme si ce défoulement n’avait pas suffi, le monstre se dirigea résolument vers une autre voiture, un quatre quatre flambant neuf, épargné jusque-là, qui ne tarda pas à subir le même sort.

Je levai la tête et soudain, comme l’on règle la netteté sur un appareil photo, je les découvris tous, d’un seul regard. Au beau milieu de la rue, dans les vitrines brisées, sur les voitures, accrochés aux façades alentours, sur le toit juste en face… Ces animaux aux cris terribles et désespérés avaient envahi tout le quartier. Perdus au milieu du bitume et des immeubles de la ville, rendus furieux par l’absence d’arbres ou du moindre repère végétal pour les guider, leur nature sauvage se déchaînait.

Effrayée, impuissante, j’imaginais les autres, réfugiés comme moi dans leur petit appartement, sans voix. J’allais refermer la fenêtre lorsque je vis ma main velue sur la poignée.

Nelly Beaucamps, 21 octobre 2018.

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